Suomi 2 Urbaine

Lena,
Je voudrais à présent montrer un autre aspect de la Finlande et d’Helsinki.

Les photos ont été prises par Estelle.

J’avais une petite appréhension pour ce qui est de me repérer dans la ville, dans le centre c’est facile, les points de repère connus sont très nombreux et les gens qui se promènent peuvent toujours nous renseigner, mais les banlieues m’ont toujours fait une drôle d’impression. Une impression d’étrangeté, qui peut avoir un certain charme et peut ne plus en avoir du tout, à certaines heures.

Je connais parfaitement le trajet en tram pour venir vers le centre. On part de notre immeuble,  et comme je suis incapable de bien prononcer le nom de notre rue. Je le photographie.

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Et ensuite, c’est simple : la rue qui passe sur la rivière et la lagune avec les roseaux gelés, les quartiers d’immeubles un peu gris, le quartier de Töölö où nous avions été invités, il y a deux ans dans un superbe appartement, quelques rues commerçantes sans charme, puis, le grand parc, l’Opéra, le Parlement, le Kiasma, et enfin, l’arrêt près de la gare.

 

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Mais, ce soir-là, je ne peux m’empêcher d’avoir une drôle de sensation quand je fais le chemin inverse après avoir laissé mes amis au pub irlandais (je sais, on est bien à Helsinki, mais partout où ils sont, ils cherchent un vrai pub irlandais, et ils l’ont trouvé. En passant,  par hasard, dans une des rues commerçantes du centre ville, ils se sont arrêtés devant la façade du Molly Malone. Pour tout amoureux de l’Irlande, Molly Malone évoque Dublin et sa petite poissonnière qui poussait son charriot de poissons en chantant “Cockles and mussels, alive alive oh” dans les rues sombres de la ville jusqu’à ce qu’une fièvre l’emporte. Ni une, ni deux, ils franchissent le seuil de cet établissement qui s’avère, aux dires de Maria, LE pub irlandais d’Helsinki. Ils sont envahis d’un sentiment de bonheur, ils sont là-bas, dans ce pays qu’ils chérissent tous les deux : barman irlandais, bière irlandaise évidemment, groupes irlandais en live, photos de Dublin et publicités Guinness aux murs .

Ils ont passé beaucoup de temps à boire et à se connaitre encore mieux, à parler de la Verte Erin, de leur vie secrète et de leurs envies. Ils se demandent parfois si j’ai trouvé le chemin pour rentrer, hésitent à m’envoyer un message et puis se disent que je suis une grande fille qui connait déjà la ville. Ils évoquent les nombreux fous rires que nous avons eus depuis le début du séjour. Ils sont heureux de constater que nous formons un trio de choc et se laissent même aller à rêver d’un nouvel échange à Galway ou dans le Comté de Down.

Avant-hier, j’étais avec eux, presqu’en Irlande, moi aussi. Mais ce soir, j’ai envie de rentrer tôt. Alors je brave mon appréhension, non, non je ne peux pas me perdre, mais, surtout, j’ai honte de ressentir cette petite peur. Je leur passerais bien un coup de fil pour entendre leurs voix rassurantes, mais non. Tout de même !

Je retrouve les rues du centre avec leurs enseignes internationales, encore animées.

 

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Peu à peu le gris s’impose. J’ai vraiment hâte de rentrer et de me retrouver dans la chaleur de l’appartement. Le temps de marcher jusqu’à l’arrêt et j’ai, comme l’impression, que la nuit est déjà tombée. Je vois tout en noir et blanc.

 

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Mais non.

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Me voilà près de l’arrêt, les couleurs et les lumières sont revenues, j’ai dû avoir comme une réminiscence venue de je ne sais quel film sur l’époque soviétique.

Pourtant.

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Les immeubles sont monumentaux, sombres, l’avenue est d’une largeur impressionnante.  La plupart des passants se sont évaporés. Quelques personnes, cependant, attendent, emmitouflées dans des châles gris, personne ne se regarde. Chacun a l’air perdu dans ses rêves ou sa solitude. Parfois, je perçois, tout de même, quelques échanges, des drôles de sons clairs avec des accents toniques bizarrement placés.

Juste avant ce voyage, j’ai lu « Epépé » de l’auteur hongrois : Ferenc Karinthy. Le personnage principal, un linguiste, se rend à Helsinki pour un colloque. Arrivé à l’aéroport, il ne reconnaît ni la langue, ni les lieux et ne réussit pas à se faire comprendre. C’est comme s’il était à Helsinki sans y être vraiment. Loin de se décourager et fort de ses connaissances, il essaie de saisir des sons, de déchiffrer des annonces, de communiquer un minimum pour demander des explications, essayer de savoir où il se trouve exactement. Mais il se heurte à une étrange et constante incompréhension des habitants qui semblent happés dans des flux de mouvements dont il ne perçoit pas le sens. Il essaie, en vain, d’attirer leur attention. Mais il est comme invisible, personne ne fait attention à lui, tout le monde est affairé, on passe très vite devant lui,  pressé d’atteindre un but qu’il ne peut imaginer. Persuadé qu’il y a eu une erreur de destination, il veut récupérer son passeport, mais il n’est pas dans un aéroport et ne sait vers qui, vers quoi aller. Malaise. Il se reprend, essaie de se rassurer en analysant la situation. Il est chercheur, habitué à rationaliser les questions, il ne croit pas à une autre dimension ni au fantastique, il y a forcément une explication.

Et moi, où suis-je ? Seule à présent à attendre ce tram dans cette rue froide, l’esthétique est soviétique, grise et minérale. Il fait froid. Aucun arbre à l’horizon, pas de petite place entourée de cafés, plus de voitures. Silence et nuit.Vais-je être victime de ce passage moi aussi ? J’attends, je pense au personnage du roman. Que ferais-je à sa place ? Je n’ai pas du tout envie de le savoir, je suis bien en  2015 ?  A Helsinki ?

Voilà le 4, je monte, le chauffeur ne semble pas me voir, il a un physique passe-partout, vraiment rien de particulier, habillé de manière intemporelle, terne, il pourrait justement sortir du roman où tout le monde est un peu transparent.

Il n’y a que deux personnes sans âge, installées, au fond, silencieuses. On passe trois arrêts, aucun voyageur. Les rues deviennent de plus en plus sombres, j’ai du mal à retrouver mes points de repère.

Et puis arrivent quatre jeunes filles qui parlent fort, les voyelles sonnent clair et comme colorées, elles sont bien d’aujourd’hui. Elles s’installent près de moi et leurs rires me rassurent. Aucun maléfice. Pas de passerelle vers un autre monde. A présent je reconnais tout, à nouveau. On est bientôt au niveau du grand pont, je vois la station service. Je sais où je descends.

Je marche jusqu’à l’entrée de l’immeuble, j’ai bien la clé, le code, tout marche. J’ai juste joué à avoir peur. Je me prépare un thé, du délicieux pain très noir, gorgé de céréales, tartiné de confiture de baies rouges, framboises, mûres, myrtilles. Tout est bien, mes amis rentrent un peu plus tard, sans problème, ils n’ont rien remarqué de cette étrange dimension qui peut vous happer, ici, si vous avez trop lu.

Le lendemain, tout est normal, absolument normal. Maxime veut visiter le Musée d’Art contemporain et nous, les filles, nous avons envie de magasins de vêtements et de design. Marimekko, et Gudrun Sjoden, marque qu’ Estelle aime depuis longtemps et qu’elle veut me faire connaître. La première est très colorée, avec des motifs floraux ou géométriques, très gais, très couleurs primaires, assez cher. La seconde est suédoise, également colorée, très nature pour les matières et les dessins. C’est tout un art de vivre et d’être. La créatrice souhaite que des femmes de tous âges et de corps différents puissent s’y retrouver. La boutique est grande, accueillante, chaleureuse. Engoncée dans mes vêtements d’hiver j’ai la flegme de me déshabiller  pour essayer des petites robes en coton fleuri. Je regrette encore. Estelle achète un foulard bleu comme ses yeux.
Puis nous nous promenons du côté du port où l’on embarque pour Suomenlinna ou pour Tallinn, la capitale de L’Estonie.

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 Merci Estelle pour tes photos et ton texte.

 

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2 thoughts on “Suomi 2 Urbaine

  1. Superbe, Marylène. Les photos m’évoquent St-Pétersbourg, qui de fait est (presque) juste en face. Et la gare est magnifique, elle me rappelle la gare de Metz, même si la forme est légèrement différente.
    Lire Epépé à Helsinki ! J’aime beaucoup aussi “vivre” les lieux à travers leurs évocations littéraires ou cinématographiques : parcourir Berlin en pensant aux Ailes du Désir de Wenders, lire Don Quichotte à Madrid, Le maître et Marguerite à Moscou ou Orhan Pamuk à Istanbul. Et ces fichus enseignes marchandes désormais omniprésentes dans les centre villes de toutes les capitales du monde ne pourront jamais transformer l’imaginaire lié aux lieux.

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    1. Cher Manuel,
      Je n’avais pas vu ton commentaire.
      C’est vraiment trop gentil.
      Ah oui, l’imaginaire, nos esprits sont pleins d’images qu’on transporte avec nous et qui rendent les lieux encore plus magiques.
      Merci.

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