Faïences et porcelaines pour des pirates d’aujourd’hui

 

Merci à Lionel et à Isabelle qui ont bien voulu partager leurs photos, point de départ de ces rêveries.

Cancale nous plaît, par temps gris et par beau temps, en hiver comme au printemps. Pas vraiment par son côté touristique, pas spécialement non plus par sa rangée de restaurants à huîtres le long de l’anse principale. Non, nous, ce que l’on aime c’est le sentier douanier, évidemment.

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Quand on a marché assez pour que le chemin retrouve son côté un peu solitaire, après l’avoir suivi, monté, descendu, vu la mer de loin, de près, au-dessus des plages, des rochers, le long des jardins des vieilles villas, on respire les troènes et les genets. L’air est un peu salé.

On aime aussi la place de l’église Saint-Méen et, encore plus celle, qui se cache derrière, comme si elle tenait à garder les secrets des maisons qui l’entourent.

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On en connaît l’agencement : un couloir central, deux pièces de chaque côté, un escalier, deux grandes chambres et une plus petite, au milieu, qui était, autrefois, un cabinet de toilette.

Et souvent on a aménagé le grenier qui offre un étage supplémentaire.

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On aime leur symétrie sereine, le granit, les vrais volets qui demandent que l’on ouvre la fenêtre, le matin, avant de faire entrer la lumière, les murs de pierre qui entourent les jardins, et la grille qui laisse voir les buis et les fleurs.

Mais la plus belle est celle-ci, qui ouvre sur la maison d’enfance de Roellinger. Point de départ d’une épopée vers les épices, comme si La Compagnie des Indes partait d’ici.

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Par temps mitigé les parcs à huîtres, la mer et le ciel prennent des couleurs nacrées comme l’intérieur même du  délicieux coquillage .

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Entre émeraude, turquoise, mauve-rosé, gris-bleu, gris vieil-argent, jaune-lichen, ocre-jaune, terre d’ombre, toutes les nuances sont concentrées, fluides et mouvantes dans l’infini du paysage.

Ce jour-là, la mer était loin et ils marchaient dans les galets, presque des cailloux avec des angles plutôt aigus.

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Le paysage devenait presque minéral. Et les eaux céladon.

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  Bientôt ils ont découvert, entre les coquilles d’huîtres et les cailloux, de petites taches claires, des fragments de faïence, roulés et polis par les vagues et le vent.

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Et plus ils avançaient, plus ils en découvraient. A tel point qu’ils ont eu, tous deux, la même idée : ne se serait-on pas trompé sur l’emplacement de la ville d’Is ? La fille du roi Gradlon n’aurait-elle pas donné, quelque part, ici,  son dernier banquet, celui qui lui fut fatal ?
Ils  ont alors imaginé les immenses plats de faïence remplis de viande de sanglier et de cerf, circulant entre les mains des amoureux et amants de la princesse. Et le fracas de la colère divine qui fit prendre la fuite au vieux roi pour tenter de sauver sa fille.

La tempête engloutit tout. Les hanaps d’argent, les couverts de vermeille et la vaisselle précieuse furent recouverts d’eau et de sable et demeurèrent enfouis, là, peut-être, alimentant les rêves pendant des siècles.

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Mais non, eux aussi, sous le charme, rêvaient ! Impossible ! La ville d’Is est, depuis toujours, en baie d’Audierne.
D’ailleurs, certains motifs font plutôt penser à ces services de mariage d’entre les deux guerres, ou même d’avant  ? On peut encore en trouver dans les vide-greniers. Vingt-quatre assiettes en faïence bleu-vert qui servaient à présenter la soupe de légumes ou de poisson quand la famille entière se réunissait pour les pardons et les autres fêtes, de quoi parsemer de nombreuses plages.

Ou porcelaine ? Marie a hérité de ces belles tasse à thé (du thé ? Breuvage sophistiqué qu’on goûte chez les riches) quand elle a quitté sa patronne pour épouser Louis. Celle-ci lui en a fait cadeau. Alors, quand son mari est en mer, elle invite son amie et ancienne collègue, Anna. Et toutes deux rêvent qu’elles sont dans un salon aussi joli que celui dans lequel elles servaient à cinq heures, quand Madame recevait ses amies.

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 Et, dans le petit bistrot qui ouvre très tôt le matin, les pêcheurs viennent boire, très vite, avant de s’embarquer, un café avec un peu d’eau-de-vie, qui les réveille et leur donne du courage. Il en faut pour affronter le vent et les vagues. Soazig est à sa table, dans son coin. Elle fera le ménage un peu plus tard, sur le coup de dix heures, avant qu’arrivent les cantonniers. Elle laisse Henri servir les clients dans des verres ordinaires et se réserve sa tasse préférée, celle qui a des fleurs bleues. Elle l’a eue en accumulant patiemment les timbres à l’épicerie. Il en fallait cent-vingt, ça a duré deux ans, à quatre paquets de chicorée tous les mois, et autant de sucre, ça n’allait pas vite. Alors, pas question que les clients en profitent ! D’ailleurs ces hommes, ils ne sauraient pas apprécier la finesse des petites fleurs. Et il ne viendrait pas à l’idée des femmes de s’arrêter au café, ça leur donnerait une sacrée réputation ! De toute façon, elles ont bien trop à faire avec la maison et des enfants.

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 Un peu en dehors du bourg, dans la grande maison qui surplombe le port, Elisabeth rêve à son avenir. Son père est armateur, après avoir fait la pêche à Terre-Neuve et gagné pas mal d’argent, il s’est constitué tout une flotte. Aujourd’hui, ils sont plus qu’à l’aise. Elle a pu étudier chez les soeurs et elle sait qu’on lui promet un bel avenir. Elle pense qu’un jour, peut-être, elle vivra dans une de ces malouinières que l’on a commencé à construire il y a presque un siècle à présent. Elle a souvent été invitée chez son amie de pension, Catherine, dont les grands-parents ont fait fortune avec les épices. Chez elle, elle a admiré des tasses en porcelaine si fine qu’il fallait prendre garde à ne pas en mordre le rebord. Elle a beaucoup aimé les couleurs vives des pivoines d’une précieuse théière chinoise. Jamais elle n’avait rien imaginé d’aussi original. Si son futur mari possède autant de bateaux que les parents de son amie, elle pourra s’en offrir une. Peut-être même un service entier !

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A présent des dessins plus géométriques attirent leur attention, ils pensent à Yvonne Jean-Haffen dont la maison, La Grande Vigne, à Dinan, présente encore, chaque année, une exposition de peintures et de céramiques. Elle y a travaillé avec Mathurin Méheut, son maître et plus qu’ami. Dans  les années 30 et 40, les artistes s’intéressent à la fois à l’Art Nouveau et aux  motifs traditionnels bretons. Alors Henriot ou Sèvres ? Yvonne a travaillé pour les deux grandes maisons.

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Et que dire de ces feuilles délicates comme des fossiles ? La mer a usé la porcelaine jusqu’à en faire une matière mate et crayeuse, peut-être le kaolin, sur laquelle se détache, net, mais devenu presqu’abstrait, le dessin, souvenir du pinceau précis d’une ouvrière qui n’osait pas se dire artiste.

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Ils les ont recueillis avec tendresse, ces fragments, comme autant d’éclats de vies disparues, offerts à leur émerveillement, infimes liens vers des passés à imaginer, à reconstituer. Ils les garderont, les photographieront, c’est ainsi, d’ailleurs, que la richesse des motifs apparaîtra, démultipliée par l’objectif qui nous invite à regarder de tout près leur mystérieuse beauté.

 Après cette drôle de pêche, ils ont repris le chemin dans l’autre sens et se sont à nouveau délectés du paysage.

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Ils ont senti le soleil du printemps qui fait miroiter la mer et ponctue le chemin de promesses de fruits.

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