Mon Finistère

Automne 2014 031

Qui ne rêve d’une maison comme celles-là, tout près de la mer ? Entourées de vieux cyprès penchés sous le vent, avec un jardin bordé d’un sentier côtier qu’on peut suivre pour d’interminables promenades sans quitter  des yeux l’horizon bleuté.

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Tout près de plages où l’on aime patauger dans les trous d’eau, marcher sur le sable et sentir le goémon.

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Contempler, humer et sentir sur son visage les gouttelettes de l’écume les jours de tempête. Sentir comme un danger, mais se savoir à l’abri, profiter du mauvais temps et se laisser envoûter par sa beauté.

Savourer la lumière qui fait penser à l’été mais fait aussi sentir la morsure étincelante et ciselée de l’hiver.

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Eh bien moi, je préfère être à l’abri. Bien sûr que j’aime la mer près de laquelle je suis née, avec un père et un grand-père marins, des soeurs qui ne peuvent vivre loin de nos côtes et, peut-être, quelque chose de salin qui coule dans mes veines. Pas sûr ! Car je n’aime pas vraiment l’air salé qui poisse les cheveux (surtout s’ils sont frisés) et j’avoue que la douceur d’une rivière abritée de petits chênes me convient et me procure d’autres émotions.

Peut-être que j’y vois ou sens mieux les saisons.

Ici, dans notre campagne, février est à mi-chemin entre l’hiver qui nous tient encore dans sa froidure, ou dans la pluie. Jours humides, parfois aigrement ventés, et, puis soudain, éclairés d’ une douceur inattendue et ensoleillée qui arrive subitement et nous autorise à rêver, enfin, de fleurs et de petites pousses vertes.

Devant la prairie je lis Rick Bass : “Le journal des cinq saisons“. Enfin un  auteur qui parle des saisons, tout un livre à décrire les paysages et les sensations propres à chaque infime variation de lumière et de temps. Tout un livre de flâneries et de promenades fascinées par un monde encore presqu’intact et que l’auteur craint de perdre.

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Pourquoi “cinq saisons” ? Parce qu’il considère qu’il y un entre-deux entre l’hiver et le printemps, comme un seuil que l’on va franchir, où l’on se tient en hésitant entre un côté et l’autre. Un espace, un temps où l’on peut se croire en chemin vers la douceur et où l’on est brusquement tiré en arrière par le froid revenu avec ses bourrasques. Février est le mois où la neige des forêts du Montana commence à se faire moins compacte et laisse place à des brumes plus douces.

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Non, bien sûr, je ne compare pas ma petite Bretagne aux grandes régions solitaires habitées et chantées par cet auteur, mais je lis. Je lis et imagine la cabane où il écrit, d’où il contemple, observe et tente de saisir les plus petites métamorphoses du paysage à la fin de l’hiver. Je ne vois pas d’équivalent en auteurs français, peut-être y en a-t-il, mais je ne les connais pas. Naturellement j’aime Colette et relis sans cesse ses descriptions mais, qui oserait, aujourd’hui, décrire des paysages et des sensations sur dix pages ?

De même qu’il prend la route, le matin, rencontre des cerfs en traversant des forêts pour conduire ses filles à l’école, je pars tôt vers le Finistère, après avoir pris mon petit déjeuner devant la prairie. Les vaches sont là, paisibles, dans l’air froid, une bonne gelée blanche saupoudre de clair le paysage et la lumière est hivernale, malgré les primevères sur le talus.

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Mon Finistère, comparé au Montana, est comme un petit jardin que les hommes ont presque entièrement façonné, cultivé, dessiné. Pourtant, il reste des coins qui n’ont pas changé, ou guère, depuis mon enfance.
Ce ne sont pas des grandes plages ouvertes sur l’horizon et où l’on respire dans le vent dont je voudrais parler, mais des petites vallées qui conduisent ruisseaux et rivières à la côte, comme on dit ici, des bois un peu tordus qui les bordent, des talus, des chemins creux et des prairies.
En février, on a toujours des journées de printemps, un peu de soleil qui vient réchauffer les vieux murs envahis par le lierre où un lézard, trop tôt éveillé, se trompe de mois.

D’abord, je passe par la route de traverse qui n’est vraiment pas un raccourci, vu que si je “fais la course” avec mes soeurs qui passent par ” la route normale “, j’arrive toujours la dernière.
Mais,  chaque fois, je suis subjuguée par la beauté des talus recouverts de mousse, par l’ombre verte des bois alentours et des sentiers qui s’y perdent. Rien de sauvage dans ce paysage, des formes rondes, des lichens clairs, de la lumière pailletée, le ciel en petites touches grises ou bleues, toujours vu à travers les branchages.

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Et puis j’arrive au Guily, parfois l’eau est là, mais, le plus souvent, elle s’est retirée, très loin.

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Et puis j’arrive chez elle.
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On prend un café, parle des nouvelles et des projets, on fait un tour de jardin. En fonction du temps et du vent, on décide du lieu de promenade.

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Alors, on peut suivre la route qui monte légèrement entre les arbres. C’est vraiment février, un mois vert, malgré tout, si le houx s’est installé dans le bois éclairé par les troncs gris et blancs des bouleaux.

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On s’engage dans un sentier encore jonché de feuilles d’automne et arrive à Kermoguer, où l’on aperçoit le vieux pigeonnier, témoin de la richesse d’une ancienne ferme qui possède aussi sa fontaine.

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On remonte le long du ruisseau. Les tas de bois m’impressionnent toujours par leur beauté. Troncs, branches, fagots ou bûches, dans les champs, près de la maison, dans la grange ou dans la cheminée, c’est toujours poétique.

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On emprunte, à présent, un des nombreux chemins creux qui, par chance, sont conservés et entretenus.

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 Sapins, mousses, feuilles mortes et fougères.

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On ne peut pas dire que l’hiver soit triste, l’entrelacs de branchages adoucit le vert sombre des sapins.
Et puis, souvent, c’est près d’ici qu’on trouve les mimosas en fleurs dès janvier. La petite vallée est abritée du vent du large.  Si on ne connaît pas l’endroit on ne peut imaginer la mer tout près. Sans doute parce que toute vision est encadrée par le dessin d’arbres et de branches couvertes de lichens. L’horizon est contenu par des rives rocheuses, les sentiers sont abrités du vent.

Du côté de Brigneau

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Les bateaux sont alanguis. Il n’y a plus qu’un pêcheur dans ce petit port autrefois très vivant.

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Comme au Guily la mer se retire, parfois très loin, et le vert laisse place au gris d’une vase qui aspire les reflets du ciel.

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Je connais ce petit port depuis toujours, un peu endormi, à l’écart du tourisme, il n’y a pas de plages, il faut se baigner dans de minuscules criques, trébucher sur des galets pas toujours polis, et nager au-dessus des goémons. Rien n’a bougé pendant des années, parfois une crêperie s’ouvrait en été, tenait un an ou deux, et puis, un jour, la maison restait volets clos, c’était fini.
Quelques maisons sont restaurées cependant, et j’envie particulièrement celle-ci sur le grand rocher qui s’avance au milieu du port. Je la regarde depuis mon enfance et me dis que j’aimerais habiter là, exactement entre la mer et les arbres.

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En suivant le petit chemin on finit par arriver au moment où la rivière rejoint la mer, après la digue, c’est le large, là où on peut partir bien plus loin, alors je reprends le sentier à l’envers, à nouveau vers les bois.

Les trois dernières photos ont été prises en juin.

 

 

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