Art : PARIS-BETTON

bolzano

Après avoir ri et beaucoup aimé le geste des femmes de ménage du Musée de Bolzano (Italie), qui avaient, pleines d’un bon sens énergique et sain, mis à la poubelle des bouteilles de champagne vides, de vieux cotillons et les déchets d’une fête, puisqu’elles n’avaient pas compris qu’il s’agissait d’une critique de la société de consommation, (Oeuvre de Sara Goldschmied et d’Eleanora Chiari),

Après avoir tenté de comprendre la portée symbolique de quelques glands enfilés sur une vieille ficelle exprimant la fuite du temps et la désintégration de toute chose ici-bas (j’ai fréquenté des vanités autrement plus éloquentes et magnifiques),

Après avoir manifesté une extrême bienveillance à l’égard d’un tas de chiffons exposé au MAC de Vienne (probablement encore une critique de la société de consommation),

Je me suis dit que je n’étais pas forcément obligée de faire semblant d’admirer ce qui peut aisément passer pour de l’imposture, ou, du moins, pour de la simple médiocrité.

Aussi, après l’ éblouissante exposition consacrée à Elisabeth-Vigée Le Brun (voir précédent post), il ne fallait pas rater celle de son ami d’Hubert-Robert au Louvre, printemps 2016.

Portrait par Elisabeth Vigée Le Brun. 1788

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J’aime son visage, il reflète son intelligence et une force bienveillante en même temps qu’un grand naturel à une époque parfois maniérée. Né en 1733 il fait de bonnes études qui lui vaudront d’être à l’aise auprès des aristocrates qu’il fréquentera plus tard. Fils d’un valet de chambre du comte de Stainville (futur duc de Choiseul), il suit son maître, nommé ambassadeur, en Italie, où on remarque son talent de dessinateur. Le comte le fera, alors, admettre comme pensionnaire à l’Académie française de Rome, il y étudiera la peinture et le dessin pendant dix ans. C’est là qu’il rencontrera Fragonard et, qu’avec lui, il parcourra la campagne romaine, fasciné par le pittoresque des paysages.  L’époque est passionnée par les découvertes archéologiques et les ruines. celles-ci vont devenir un vrai sujet qu’Hubert Robert travaillera toute sa vie dans ses tableaux.

Jardin d’une villa italienne. 1762

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On trouve déjà ce goût chez Rousseau. Et plus encore chez Chateaubriand, au tout début 19ème, qui mettra à la mode l’expression des sentiments humains face à la nature. Alors, tous les romantiques projetteront leur vague à l’âme sur les vestiges des grandes civilisations éteintes comme sur des paysages de “catastrophes” (gouffres en montagnes, cataractes, tempêtes, orages, naufrages …”. ( Inclination que Flaubert parodiera dans “Bouvard et Pécuchet”).

Cascade de Tivoli. 1762

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Hubert Robert est inspiré par son ami Fragonard, mais il va aussi orienter sa peinture vers la conception de jardins somptueux qu’il dessinera pour une riche clientèle parisienne.

Le bain

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L’on trouve souvent, dans des sujets d’ampleur, de petites scènes de la vie quotidienne qui sont, à elles seules, autant de tableaux.

De retour à Paris, il sera reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture.

Cependant, dans la tourmente de la Terreur, suspecté d’une trop grande proximité avec la royauté, il sera emprisonné de janvier à août 93. Il continuera à peindre, sur les seuls supports dont il dispose : des assiettes. A la chute de Robespierre, la violence se calmera, il retrouvera ses amis, notamment Elisabeth Vigée Le Brun, et les salons qu’ils aiment fréquenter où artistes, philosophes et gens du monde aiment à échanger leurs idées sur une société qui se transforme et qu’ils ont du mal à comprendre.

C’est à cette époque qu’il imagine, et représente en ruines, le Museum, futur Louvre dont il est devenu le Conservateur.

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Avant de concevoir un “Projet pour la transformation de la grande galerie”

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On peut admirer très longtemps ces toiles, fasciné par la virtuosité, le talent, le travail de celui qui les produit. Et je crois que l’adjectif “académique” peut retrouver ici sa splendeur puisque, outre son immense savoir-faire, l’auteur ne gâche en rien son âme.

Donc, après cette expérience, je n’avais plus envie que de continuer à voir les classiques, ceux qui avaient des “maîtres”, ceux qui avaient appris à dessiner. Plus aucun désir de me balader au FRAC ou dans d’autres lieux où les discours finissent par remplir le vide de “l’oeuvre”. Elle-même devenant souvent parfaitement superflue, dépassée par le concept qui finit par se suffire à lui-même. Plus envie de voir des installations, juste le désir de plonger plus que jamais dans le 18 et le 19ème siècles.

Et pourtant

Une balade à vélo le long du canal nous mène à Betton et, de loin, je vois ça :

 De graciles silhouettes sur de fines embarcations, partout sur l’étang.

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Mystérieux groupe silencieux

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Absorbé dans le maintien de son équilibre

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Parfois un souffle d’air soulève légèrement un pan de leurs étranges costumes

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De plus près, il apparaît que ce sont des femmes, élégantes, fragiles et volontaires, dans leur désir de se maintenir, là, sur l’étang qui devient fleuve

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Leur nombre impressionne, elles sont arrivées, silencieuses et déterminées et encadrent l’espace. Chacune est différente dans sa posture, mais la matière et la couleur en font un groupe homogène, uni, soudé, magnifique dans son étrange harmonie

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Yves Bonnefoy, dans son art poétique, évoque ce qu’il appelle “la présence”. C’est un peu ce qui me vient à l’esprit. Présence, poésie, silence. Espace aussi.

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On regarde longtemps, longtemps, elles sont là.

Cela s’intitule “Pensée nomade”c’est une oeuvre éphémère de Guy Lorgeret. Et c’est très très beau.

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Et ça ? Oh, c’est juste un pot de fleurs devant des gravats !  Titre : “En attendant la fin des travaux”

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