Une crèche à Noël

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Juste avant les vacances, à l’école, alors que je me hâtais vers la salle des professeurs, le grand vestibule s’emplit soudain de voix célestes (non, je ne trouve pas d’autre qualificatif). Rien de plus incongru et pourtant de si accordé à l’architecture de cet ancien lycée de jeunes filles qui a des allures d’institution religieuse.

Des portes s’ouvrirent et quelques personnes vinrent écouter silencieusement ces adolescents qui chantaient “Douce nuit”. Le charme et l’émotion étaient tels que le temps semblait suspendu ( encore un cliché, je sais, mais parfois les clichés ont des raisons d’être). Les sopranos montaient si haut que nos coeurs vacillaient tandis qu’une jeune voix de basse leur faisait écho. Chacun était transporté dans son enfance et des Noëls qui, quel que soit son âge, paraissent appartenir à des époques disparues.

Le temps de redescendre sur terre, d’essuyer discrètement quelques larmes et chacun y alla de ses souvenirs de soirées réenchantées par la magie du temps qui passe. Alors, on se dit qu’il fallait réécouter tous ces chants qui font croire à une harmonie du monde.

Bien qu’ayant assidument fréquenté écoles religieuses et églises, je ne crois pas plus au Paradis qu’au Père Noël, encore moins au diable, mais je garde une immense tendresse pour ces traditions.

Un de mes meilleurs souvenirs d’enfance est une crèche de Noël que nous avions construite avec Soeur François, jeune religieuse qui menait sa classe de primaire avec enthousiasme et intelligence. Chacune de nous devait modeler une petite brique de terre glaise, la faire cuire dans le four de sa maison et l’utiliser ensuite pour  fabriquer la crèche qui abriterait l’enfant Jésus, ses parents, les bergers et les rois mages.

Nous étions fières d’avoir fait cela de nos mains et, depuis, je ne me suis jamais lassée des décors de lierre, de mousse et de houx qui invitaient la nature dans notre classe.

Chez nous, comme ailleurs, la messe de Minuit n’était déjà plus à minuit depuis longtemps, mais les souvenirs se rechargeant de lectures, de contes et de rêves, j’ai l’impression d’avoir cheminé le long de sentiers de campagne pour aller écouter la messe. En tout cas je me rappelle les grandes crèches installées dans l’église et le papier “rocher” qui donnait toujours des allures un peu montagneuses au paysage, et puis de l’ange (à l’époque chacun avait son ange gardien, et là en était la preuve) qui hochait la tête quand on lui donnait une petite pièce.

Alors, en décembre, quand on passe devant une église, c’est toujours un grand plaisir d’aller voir la crèche.

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Dans notre campagne d’aujourd’hui, une jeune femme créée, tous les ans, une crèche différente dans la chapelle de son village d’enfance. C’est un coin entouré de bois et de champs, on peut se garer loin, ignorer la route et croire qu’on vient là par un chemin qui longe des prairies.

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Les jours sont courts et quand on arrive devant la chapelle il commence déjà à faire sombre.

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Elle est toute simple et modeste, mais à l’intérieur on est chaleureusement accueillis et le spectacle vaut la peine.

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Comme pour les santons de Provence, la jeune femme a imaginé tout un monde autour de la scène traditionnelle. Sont réunis, ici, tout un ensemble de petits personnages, expression de son imaginaire breton, pas d’allusions aux légendes celtes, mais plutôt à un passé pas si lointain, où les petites places de villages étaient encore très animées.

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On s’attarde devant chaque petit espace comme dans une promenade.

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Pas de commerce fermé dans le vieux bourg, au contraire, les achats vont bon train.

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Les travaux des champs sont parfois fatigants, il faut donc se ménager un peu

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Ici, nous sommes plutôt dans les terres ( de toute façon à dix kilomètres de la côte, on est « dans les terres »), mais pas d’ambiance bretonne sans la mer, ses bateaux, ses pêcheurs.

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Etonnant comme ces petites scènes, dans leur naïveté et leur grâce, sont éloquentes et nous renvoient aux réalités d’un pays qui conserve son identité malgré l’uniformité commerciale d’aujourd’hui.

Les spectateurs sont des vieilles dames qui s’exclament devant la précision de tous petits objets dont elles ont connu l’usage, leurs petits et arrière-petits enfants qui s’amusent de ces jouets de maison de poupée, des jeunes filles et garçons qui se relaient pour accueillir les visiteurs avec un thé bien chaud, comme dans les églises d’Angleterre. En toile de fond, on entend les cantiques qui ont traversé les ans.

Les paroles de « Il est né le divin enfant » m’ont toujours enchantée, notamment : « Jouez, Hautbois, résonnez, musettes » dont les apostrophes me paraissaient aussi mystérieuses que ce dont il était question. Les hauts bois me transportaient dans de lointaines forêts de sapins et de bouleaux. Mais on  pouvait aussi entendre : “jouez au bois”, comme celui-ci était tout près, il n’y avait rien d’étonnant à cela. Quant aux musettes, je n’imaginais que celles des chasseurs et ne me demandais vraiment pas pourquoi elles devaient résonner.

Et « les anges dans nos campagnes », là aussi, ravissement, le mot « campagnes » au pluriel, faisait de notre région un espace sans fin peuplé d’âmes bienveillantes habitant les arbres, les sources et les ruisseaux. Oui, là on tombe un peu dans la mythologie grecque, mais la religion de notre enfance avait bien aussi ce côté légendaire et poétique. Et son refrain, chanté avec allégresse nous emplissait d’énergie, d’autant plus qu’il signalait souvent la fin de la messe.

“Gloria in excelsis Deo
Gloria in excelsis Deo”

 

Dehors il fait humide, les gouttelettes brillent aux branches des chênes comme de toutes petites étoiles traversées de lumière. J’aime cette place parce qu’il n’y a que de vieux et grands chênes et de l’herbe, avec juste un petit mur de pierres moussues pour délimiter l’espace sacré de l’église. Comme un airial en Gironde et dans les Landes, et autour : des bois. Hêtres, châtaigniers, sapins, houx. Ce paysage n’est jamais triste, l’hiver a son charme, mouillé plutôt que froid ici. Depuis dix ans on n’a vu que quelques jours de neige, mais le houx se cisèle sur le fond roux des feuilles mortes qui s’accrochent aux hêtres, la mousse devient vert-tendre, la brume estompe les contours des grands sapins au loin, les allées empierrées restent propres comme d’anciennes voies romaines.

La nuit est tombée. Dans notre village, près de la petite place et du puits abrité par le vieil if, la maison du coin est toute éclairée de bleu. Aux fenêtres du haut, des guirlandes mêlées aux lierres scintillent, aux fenêtres du bas pendent de grosses boules lumineuses auxquelles fait écho la couronne sur la porte. A l’intérieur, le sapin clignote devant le poêle, la fumée, comme il se doit, monte de la cheminée et on respire le feu bois. Tous les soirs je passe devant chez eux, la cuisine est moderne, mais présente tout une batterie de casseroles en cuivre dont les reflets rose-doré ajoutent encore à l’ambiance chaleureuse.

Une semaine plus tard, surprise ! Pas de neige, mais un givre poudré a blanchi le paysage.

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Il faut profiter de cette beauté.

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C’est comme si la nature nous faisait le cadeau d’un Noël rêvé, vert, roux et lumineux, puis d’un premier janvier féérique avec une Bretagne qui se déguise en Finlande.

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One thought on “Une crèche à Noël

  1. Very nice ! But, remember, on modifiait un peu les paroles du Divin enfant à la messe de minuit in the church of our childhood…

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